Privé 8

Le Pythagore Editions 2018 - 16 x 24 cm - ISBN: 978-2-37231-043-7 - 19 € - 205 pages

Que vient faire en pleine montagne vosgienne,cette femme surgie de nulle part habillée plus pour un cocktail mondain que pour une randonnée ?

- On cherche à me tuer, dit-elle .

D'abord incrédule, le privé remontera une piste meurtrière qui le mènera du siège de la FIFA en Suisse jusqu'à celui d'un journal parisien en passant par un lac dans la région de Langres, avec l'envie d'y mettre le feu ...

Paroles de lecteurs:

Un polar qui part à 200 à l'heure. - Le Pythagore, janvier 2018

Mes félicitations, on est tenu en haleine par le suspense. Ce petit dernier est l’un des meilleurs de la série. - Maryse, correctrice, février 2018

 

Extraits du roman:

Le vent dispersait peu à peu les nuages inférieurs, dévoilant la cime pelée et les forêts de sapins en contrebas, mais le soleil refusait toujours de se montrer. Coline et Gabriel s'approchèrent à leur tour. Les Pondard étaient des vieux copains de Pauline, un couple de fleuristes qui tenait boutique rue Lucienne à Gérardmer, et pour mon grand malheur, stakhanovistes de la randonnée extrême par tous les temps. J'allais régulièrement chez eux acheter des bouquets à Pauline pour tenter de me faire pardonner mes fréquentes absences.

Gabriel eut un haussement d'épaules fataliste.

- Eh bien, ce ne sera pas pour ce coup-ci. Tu avoueras tout de même que l’endroit ne manque pas de charme, malgré ce temps couvert.

J’acquiesçai mollement pour la forme. Il sortit la bouteille de gnôle de son sac à dos et me la brandit.

- Un petit coup d'antigel, Didier?

Je fis un signe de dénégation.

- Puisqu'il n'y a plus rien à voir, je serais plutôt d'avis de redescendre dans la vallée pour prendre le petit déjeuner. Il doit bien y avoir un troquet d'ouvert à Bussang à cette heure-ci, non? Au moins, nous y serons au chaud.

- Petite nature, va! Nous avons tout ce qu'il faut sur place. Il y a les croissants à manger et l'eau va bientôt être chaude. Et puis, regarde, le ciel se dégage peu à peu.

Je regardai autour de moi. Le soleil perçait laborieusement la couverture nuageuse par places, il faisait déjà légèrement moins froid, mais on était encore loin du grand beau. J'allais me lâcher d'un commentaire bien senti, mais je n'en eus pas le temps. Surgie d'on ne sait où, une femme s'approchait lentement de notre petit groupe. Grande, mince, d'allure sportive, les cheveux blonds mi-longs en bataille, elle était vêtue d'un ensemble très chic bleu foncé et d'un corsage mauve sur lequel brillait une broche en argent représentant un YSL entremêlé. Elle pouvait avoir de trente-cinq à quarante ans. Elle portait à bouts de bras un sac de voyage haut de gamme, elle regardait sans cesse derrière elle et semblait épuisée. Elle s'arrêta à une dizaine de mètres de nous, ne sachant quelle tenue adopter. Elle avait une plaie au front et un filet de sang avait coulé jusqu'au milieu de sa pommette. En jeune homme bien élevé, je me mis debout et posai ma couverture sur la pierre de granite.

- Madame?

La jeune femme laissa échapper un bonjour quasi-inaudible. De par sa position, elle semblait venir du versant alsacien, mais elle n'était visiblement pas équipée pour faire de la randonnée. Elle fit encore quelques pas vacillants, lâcha son sac et se laissa tomber sur un rocher. Cette vision en pleine montagne de cette femme magnifique vêtue comme pour un cocktail mondain ou pour une soirée à l'opéra était complètement incongrue. Gabriel s'avança vers elle.

- Ca ne va pas?

- Excusez-moi, je suis… crevée.

Je me portai à la hauteur de mon pote fleuriste. De près, ses vêtements n'étaient plus aussi soignés, son blazer était maculé de poussière, son pantalon était froissé, déchiré à deux endroits et ses chaussures de prix n’étaient pas en meilleur état. Ses mains étaient souillées de terre et étaient éraflées au niveau des phalanges.

- Vous êtes en cavale, n'est-ce pas?

Elle sursauta.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça?

- L'habitude. C'est un peu mon métier, aussi.

- Vous êtes flic?

Ce disant, je notai comme un soulagement dans sa voix.

- Pas tout à fait. Détective privé.

- Oui, je suis en cavale, comme vous dites.

- Vous avez assassiné quelqu’un? Vous avez cambriolé la banque de France?

Elle se permit un pâle sourire.

- De Suisse, plutôt. Non, je ne suis pas une criminelle.

- Vous fuyez quoi, alors?

- Des gens. On est à mes trousses.

- Qu’est-ce qu’on vous veut?

- On cherche à me tuer.