Poilu

Autoédition 2014 - 15 x 21 cm - ISBN: 978-2-9550036-0-2 - 5 € - 40 pages 

3 août 1914: Déclaration d'une guerre meurtrière qui allait durer 4 ans, plongeant l'Europe dans le deuil et la désolation.

70 ans plus tard, un poilu livre son témoignage sous forme d'interviews tirés d'une cassette audio. Ce sont ces entretiens qui sont fidèlement reproduits dans ce livre.

Ce poilu, c'était mon grand-père.

Extrait du témoignage:

- ... Il y avait le 156ème ici et le 160ème à côté. Il y avait deux casernes l'une à côté de l'autre. Et puis, à "La Justice", dans notre coin, toujours à Toul - ça s'appelle "La Justice" - il y avait le 153ème et le 146ème. Ca faisait quatre Régiments d'Infanterie, un Régiment d'Artillerie, un Régiment de Dragons - le Douzième Dragons qui était à Pont-à-Mousson et qui était revenu là - et il y avait... un Bataillon de Génie, le Sixième Génie... Il y avait plus de trente mille hommes à Toul.

- Trente mille hommes!

             - Oui, en temps de paix.

             - Et donc, au mois d'août 1914, ils vous ont fait monter directement?

             - Oui.

             - Qu'est-ce que vous avez fait? Vous êtes partis...

             - A la mobilisation - on nous a mobilisés dans la nuit, dans le milieu de la nuit -, il n'y avait pas d'ordres. On a formé les sections dans la cour, on s'est allongé sur les lits, tout habillé, tout équipé et puis... le soir à six heures, voilà qu'on entend le clairon, le clairon de garde sur la place, qui sonne la Générale. Les officiers ont dit: "Maintenant, vous êtes fixés... Oui, vous êtes fixés…" qu'ils ont dit.

             "C'était la guerre…

             - Vous deviez... Vous le sentiez.

             - Oui. Alors, on est parti tout de suite. A six heures du soir, on a quitté la caserne, tout le régiment. On est parti à Nancy, on a traversé Nancy. Tu vois, il y a vingt-cinq kilomètres, on a quitté la caserne à six heures et à minuit, on traversait Nancy sur la Place Stanislas. Et on a été un peu plus loin - à sept kilomètres plus loin - à Saussures-les-Nancy, un petit village plus loin... Alors, tu vois, ça fait vingt-cinq et sept, trente-deux. Trente-deux kilomètres.[1]

             - Trente-deux kilomètres!

             - Oui, c'était comme ça... Et puis alors là, tu vas voir... Là, on y est resté quinze jours. Il n'y avait pas d'ordres, on était dans ce village de Saussure les Nancy, on était dans une ferme, on couchait dans les granges. On était tout équipé, hein! Il ne fallait pas enlever le harnachement! Tout équipé. Et puis un beau jour, nous voilà partis. On a fait quelques kilomètres parce que la frontière n'était pas loin, à Haracourt à sept kilomètres.

             "Alors, on a avancé... Puis, on a reculé. Oui, ils nous ont fait reculer. Parce que, ce qui s'était passé dans l'intervalle, à Paris, au Ministère de la Guerre, il y en avait qui étaient pour l'avancée et d'autres qui étaient pour le recul. Ils n'étaient pas d'accord pour le recul parce qu'ils ont dit: "Les Allemands vont en profiter...". Et en effet, les Allemands quand ils ont attaqué, ils ont pris dix kilomètres, l'arme à la bretelle, sans combattre, tu comprends. Ca faisait dix kilomètres de perdus. Voilà. (Rires)

 


 

[1] Ceci sous-entend : Tout ça à pied...